Témoignage: Partage de l’expérience d’un middle manager d’une grande entreprise romande en crise

Un rôle de plus en plus complexe

De nos jours, au temps des restructurations et sur fond de crise économique, le rôle d’un « middle manager » est devenu plus complexe et difficile. Sa raison d’être est souvent questionnée par ses supérieurs qui le relèguent à un simple exécutant sans véritable pouvoir décisionnel et par les employés de plus en plus qualifiés qui ne voient pas l’utilité d’un supérieur disposant de peu de marge de manœuvre.

Ainsi, les middle managers eux-mêmes peinent à trouver leur place et à assumer pleinement leur rôle dans l’entreprise.

A ceci s’ajoute stress, surcharge de travail, pression budgétaire, manque de reconnaissance et de soutien, insécurité de la place de travail ainsi qu’une détérioration des valeurs et de l’éthique professionnelle.

C’est ce que j’ai vécu dans une grande entreprise Suisse romande.

 

« Le top management refusait de renoncer à voyager en Business Class »

Cette dernière a vécu de belles années, mais s’est retrouvée face à des pertes importantes et à une concurrence de plus en plus rude. La direction a eu du mal à trouver des solutions et à communiquer une stratégie claire aux employés afin que tout le monde puisse tirer à la même corde.

Une multitude de projets étaient entamés, mais peu menés à terme et implémentés avec succès.

Différents départements et middle managers ont soumis des catalogues de mesures permettant de réaliser rapidement des économies significatives, quasi aucune n’a été retenue.

Les décisions étaient prises par le top management et les middle managers étaient, certes, consultés, mais rarement écoutés ou réellement impliqués. Dans une approche purement « top-down », ils étaient relégués au niveau d’exécutants des décisions prises par la direction. Cette dernière exigeait, par exemple, d’externaliser différents services malgré les mises en garde et les business plans démontrant que cela reviendrait plus cher à l’entreprise. Je me demande s’il y avait une réelle volonté de faire des économies ? A croire que certaines décisions étaient plutôt politiques et avaient pour but d’enjoliver le bilan de l’entreprise en transformant des coûts fixes en coûts variables ?

En outre, certaines décisions d’économies n’étaient pas respectées; parmi les premiers à les ignorer se trouvait le top management qui, par exemple, refusait de renoncer à voyager en Business Class pour ses déplacements professionnels. Sachant que l’entreprise déboursait plusieurs millions par an pour ses déplacements et que c’était le deuxième poste le plus important au niveau des dépenses, les frais ainsi que leur potentiel d’économies étaient énormes.

 

« J’ai décidé de me battre pour introduire des mesures plus sensées »

Du point de vue humain, l’entreprise a supprimé plusieurs centaines de postes sans proposer de plan social. Le personnel a été remercié de manière cavalière, sans égard pour l’âge et le savoir-faire du collaborateur.

En outre, le chômage partiel a été introduit pour la grande majorité des employés alors que les managers ont conservé leurs avantages, le même niveau de salaire et ont continué à toucher des primes.

Quand un manager manifestait son désaccord avec certaines décisions, il s’exposait à une dégradation, une mise au placard ou même un licenciement.

Dans ces conditions, que faire quand il y a ni véritable dialogue, ni écoute, ni respect, ni éthique professionnelle ? Faut-t-il se taire, faire le dos rond et attendre que la tempête passe en espérant toujours faire partie de l’entreprise ?

Pour ma part, j’ai décidé de questionner les choix et la stratégie de l’entreprise, de ne pas les suivre aveuglement, de faire part de mon désaccord et de me battre pour introduire des mesures plus sensées, économiques, sociales et éthiques.

N’est-ce pas également le rôle et la responsabilité d’un manager?

 

Le choix de partir la tête haute

Une fois que l’entreprise avait décidé de ne pas retenir mes recommandations, que mes idées, mes suggestions d’amélioration des processus de travail et d’économies restaient lettre morte, que les divergences de vue croissaient et que j’avais le ressenti de ne devoir faire que le « sale boulot » avant d’être moi-même remerciée, j’ai décidé de partir la tête haute et ai donné mon congé.

Protéger mon intégrité morale, ma réputation sur le marché de l’emploi et ne pas avoir à rougir en me regardant dans le miroir valent beaucoup plus qu’un salaire de manager.

Par ailleurs, mon départ volontaire a permis, en outre, de sauver mon équipe; faute de personnes compétentes, capables de mener à terme le projet d’externalisation, il a dû être relégué aux oubliettes.

 

Auteure: Middle Manager Anonyme

 

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